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Flux et lisière
Cartographie critique


2025
Cartographie critique – Flux et lisière
Dunkerque, 2025, Impression numérique sur PVC, 300 x 500 cm.

La frontière n'est pas qu'une simple ligne. Exploration des mouvements qui se rencontrent à la lisière,  dans une épaisse séparation, un écotone, aux confins de deux Etats.

La frontière franco-britannique, souvent perçue comme une simple ligne, devient ici une zone épaisse, vivante, mouvante – un écotone. À travers cette cartographie critique, les artistes explorent les flux de marchandises, de personnes et de surveillance qui traversent le Dunkerquois. Fruit d’un travail entre une journaliste-peintre et un designer, cette carte met en lumière les tensions entre mobilité humaine et politiques de contrôle. Elle rend visible les effets de la stratégie française de "zéro fixation", qui empêche l’enracinement des exilés, les condamnant à une errance perpétuelle dans un même espace. Ici, la carte devient un outil de contre-pouvoir. Elle interroge les logiques de sécurisation, révèle les trajectoires contraintes et les formes d’adaptation. Elle montre un territoire frontalier comme un espace de confrontation et de stratagème, entre art, science, politique et reportage.



Collaboration avec :
Élisa Perrigueur -
Journaliste et illustratrice


En partenariat avec :
Le Contrat Local d'Education Artistique (CLEA+)
Communauté Urbaine de Dunkerque
/
Salam - Association d'aide aux personnes exilées /
Frac Grand Large — Hauts-de-France





Le procédé cartographique utilisé permet de voir mouvement humain tragique s’apparente à celui des marées, se déplaçant perpétuellement sur une même portion de frontière. Deux groupes convergent et s’éloignent sans cesse. Ils s’opposent dans un schéma d’usure. Les exilés dans l’attente et les forces de l’ordre, employées pour déplacer en permanence ces populations. Les premiers, les réfugiés, veulent franchir cette lisière qui les mènera en Angleterre, leur Eldorado, et errent dans l’espoir d’y parvenir. Les autres, les forces de l’ordre, doivent rendre hermétique cette frontière, à la demande de Londres. L’orientation de ces flux humains qui découlent de cette opposition exilés / forces de l’ordre ne doit rien au hasard. Leurs trajectoires sont en effet déterminées par des facteurs précis: des décisions politiques, la présence ou de telle ou telle ressources énergétiques, la volonté de discrétion. L'installation de mobilier urbain, dit «anti migrant» vient motiver d’autres déplacements. Ainsi, l’itinéraire d'errance des exilés se définit en fonction d’obstacles et d’opportunités, de contraintes ou de ressources stratégiques. Leurs campements sont aussi en mouvement permanent Cela en opposition à une stratégie répressive d'hypersécurisation de l'espace, inefficace, qui influence pourtant les flux limitrophes. Ces mouvements permanents, déterminés par ces facteurs, restent enfermés dans une sorte de huis clos territorial : ils ont lieu le plus souvent la nuit, confinés entre Téteghem et Grande-Synthe.

Habituellement planifiée par l’autorité, la carte représente l’étendue de sa juridiction ou sert à gérer sa circonscription. A l’inverse, cet outil créatif peut être réapproprié et re-mobilisé. La carte est donc aussi un puissant instrument de remise en cause de l’ordre spatial dominant. Soit parce qu’elle remet en question les représentations existantes, soit parce qu’elle rend visibles les problèmes de gouvernance. La carte vise ici à l’émergence d’une pensée critique, elle donne à voir le contrôle sécuritaire et l’enfermement qu’il engendre sur un phénomène humain de migration. La politique initiée de l’Etat français de « zéro fixation » pour les exilés - afin qu’aucun camp ne s’enracine - induit un mouvement de confrontation qui semble sans fin. Car une chose n’a pas bougé : l’Angleterre qui lui fait face aux côtes françaises et qu’aucune stratégie étatique ne saurait déplacer. La « non fixation » comporte en outre plusieurs paradoxes : elle finit par créer un mouvement perpétuel de flux alors que les décideurs de cette politique auraient voulu qu’ils soient éphémères. Elle va à l’encontre de la doctrine générale de valorisation de la sédentarité, qui permet l’ordre - sur le papier. Elle encourage au contraire un mouvement d’individus hors des sentiers adaptés, des nomades qui n’ont leur place nulle part. Cela engendre une crispation d’une partie des résidents à qui l’on ordonne de vivre dans des règles convenues: dormir sous un toit, ne pas marcher au milieu des routes, dormir la nuit… En somme, la politique de « non fixation » crée la désorganisation.

Artistes et journaliste en résidence CLEA, Elisa Perrigueur et Maxence de Cock arpentent le territoire inspirant du dunkerquois. Ce paysage liminaire a éveillé leurs réflexions sur le mouvement aux frontières, et la rencontre de ces flux.

Maxence de Cock.